Eric Michel : Ton histoire en deux mots ?

Nicolas Bourgoin : On est à Paris pendant l’automne 1958, en pleine guerre froide. Markus, le personnage central, est un membre des « stay-behind », un réseau de volontaires formés pour défendre la patrie en cas d’attaque soviétique. Présents dans la plupart des pays de l’OTAN et en Suisse, formés aux techniques paramilitaires de guerilla et de renseignement, ils devaient constituer la base arrière de la résistance anticommuniste sur les territoires nationaux. Markus en est un agent zélé, modèle pourrait-on dire. Mais la belle mécanique va se gripper. Une série d’événements étranges vont le conduire à penser qu’il a subi un lavage de cerveau et, par voie de conséquence, à s’interroger sur sa propre identité.

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EM : Tu fais référence au Projet MK-Ultra ?

NB : Markus n’en sait rien, en réalité il se pose surtout des questions. Mais c’est une hypothèse parmi d’autres.

EM : L’atmosphère que tu décris est complètement paranoïaque, c’est volontaire ?

NB : C’était un peu celle de l’époque, en réalité, je l’ai voulu réaliste, proche de ce que vivaient les auxiliaires combattants et les agents de renseignement. Je me suis inspiré de du livre exemplaire de Daniele Ganser (Les Armées secrètes de l’OTAN ), j’ai visionné aussi pas mal de documentaires sur les réseaux de résistance, notamment les réseaux Gladio, pour arriver à une histoire que j’espère crédible. Dans mon roman, il y a en effet beaucoup d’agents doubles (et même triples !) car l’infiltration dans les rangs ennemis faisait partie du jeu. Aussi, on ne sait jamais très bien qui est qui…

EM : Ce n’est pas gênant de parler des années 50 sans avoir vécu cette période ?

NB : Comme pour chacun des autres romans, j’ai fait un gros travail de reconstitution en m’appuyant sur des supports multiples : livres, films, documentaires, actualités. Quel était le contexte politique de l’époque, comment les gens s’habillaient, s’alimentaient, les modèles de voiture, les rapports hommes-femmes, etc. Pour réaliser cette tâche, Internet est une mine d’or !

EM : Ton roman n’est pas manichéen, c’est aussi un parti-pris ?

NB : Oui, j’ai voulu faire un traitement symétrique des deux camps en insistant davantage sur ce qui les réunit (la volonté de l’emporter, bien sûr, mais aussi les méthodes employées, à peine plus agressives du côté des Etats-Unis) que sur ce qui les oppose (capitalisme vs communisme). Je me suis donc dégagé de l’idéologie occidentaliste qui associe l’URSS au camp du mal et l’Europe de l’Ouest à celui de la démocratie et des libertés. Ce type d’étiquetage est aussi un enjeu de lutte, de même que la vérité historique est souvent liée à des intérêts propres à chaque camp. J’ai préféré centrer mon propos sur les pratiques des services secrets des deux bords, somme toute assez similaires, pour faire un véritable roman d’espionnage.

EM : Comment définirais-tu son thème central ?

NB : La mémoire, et par ricochet l’identité (la première étant le support de la seconde). Le gros problème de Markus est le trou noir qui mine son passé, une période de plusieurs mois dont il ne garde aucun souvenir. Cette amnésie partielle peut-être la conséquence d’un lavage de cerveau… ou d’autre chose. Elle est aussi lourde de conséquence pour lui-même. Je ne peux évidemment pas en dire beaucoup plus sous peine de « spoiler ».

EM : C’est le dernier roman de la série ?

NB : Oui. Il a été écrit en dernier car j’ai suivi un ordre inversement chronologique en commençant par les années 90 (L’avenir radieux) puis en poursuivant par les années 80 (Les Partisans), les années 70 (Le Tricheur) et les années 60 (Soleil Rouge). Le principe a aussi été de changer de genre à chaque fois. Respectivement : roman de science fiction, roman policier, roman sentimental, roman politique. Et pour finir roman d’espionnage.

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Nicolas BOURGOIN

Nicolas BOURGOIN

Enseignant-Chercheur, je me suis mis à l'écriture de romans pour revisiter par la fiction des thèmes liés à mes recherches : le contrôle social et les rapports de classe

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