« Julien referma doucement la porte de la chambre et s’approcha du lit. Pour la première fois depuis des jours, Isabelle reposait sereine comme si sa funeste mésaventure n’avait jamais été.
Il s’assit à son chevet et prit doucement sa main. Ses doigts inertes jusque-là frémirent sous les siens. Julien ne bougea plus, le cœur en émoi. Devait-il parler ? Aux paroles, il préféra ce lien muet mais combien doux qui les liait par-delà la nuit qui la gardait encore. Nuit qui se teintait, il l’espérait, des lueurs de l’aube.
La brume blanche des fleurs noyait le verger. Isabelle marchait, ou plutôt flottait, légère, dans la tiédeur du printemps, les pétales blancs constellant sa chevelure tels des flocons de neige. Un papillon bleu se mit à voleter au-dessus d’elle, heurtant dans sa course son front de son aile soyeuse avant de reprendre de la hauteur et de s’enfuir vers une nouvelle quête.
Julien venait de déposer un baiser sur le front de la jeune femme, que la fièvre avait enfin quittée. Isabelle suivit des yeux les ailes nerveuses qui s’éloignaient, tache bleue contre le plafond immaculé, et se mit à marcher dans leur direction. Le froid l’environnant brusquement, elle s’arrêta.
Julien venait de retirer sa main de la sienne… Disparu le papillon, disparu le printemps, disparu le verger. Elle se trouvait dans une sombre cathédrale avec des arbres noirs pour colonnes, des branches nues et décharnées pour voûtes et un ciel lourd de nuées pour plafond. Baissant les yeux, elle vit ses pieds pris dans la glaise. Sur une petite crête de terre, elle aperçut le papillon bleu. Ses ailes étaient toutes fripées, il était mort. »
Mascarade – Chapitre VIII – Amours
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Bonne lecture !
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Catégories : Extrait de livre