« – Nous devrions rejoindre la reine et monsieur de Nostredame. Il va y avoir, ce soir, un spectacle à nul autre pareil, d’après ce que l’on dit.
La voix de François de Guise venait de résonner dans son dos. (…)
– Elle attend la venue de monsieur de Coligny, répliqua Diane d’un ton irrité. Elle serait trop heureuse de nous voir réunis. Elle y verrait là un signe de rapprochement, un de plus, et je ne veux pas lui procurer cette joie. (…)
François de Guise sourit aux propos de la favorite.
– Un rapprochement… ou un nouveau petit miracle ! ajouta-t-il en se gaussant.
Diane soupira bruyamment et ses mâchoires se serrèrent sous l’allusion.
– Justement. Il faut cesser de parler de ce « miracle », même si ce n’est que pour en rire. Cela lui donne de l’importance. La petite « sainte » qui en est à l’origine donne déjà assez de grains à moudre aux partisans d’un rapprochement avec les protestants.
– Isabelle de Coulanges… J’ai pris quelques renseignements à son sujet. Elle est la fille du baron Philippe de Coulanges, petite noblesse de la région. Amie d’enfance de Blanche de Marcilly, suivante de la reine Catherine depuis deux ans. Inconnue jusqu’à…
– Jusqu’à ce fameux soir où, son pied à peine posé sur les carreaux de la salle, elle a subjugué Lussac ! lança Diane, rageuse.
– Vous prenez cela trop à cœur, ma chère, il n’y a là aucun miracle, c’est juste la rencontre inopportune de deux jeunes gens attirés l’un vers l’autre.
– Eh bien, que n’allez-vous le dire à la reine, mon cher ! Elle qui, depuis, se dépense en prières et en remerciements à notre Seigneur, et pire, qui a l’intention, m’a-t-on dit, de prendre cette petite « sainte » sous son aile ! (…)
– Et vous Bérouville , comment avez-vous trouvé cette petite merveille ? demanda-t-elle à celui, qui, au service du duc de Guise, assistait à la conversation dans l’ombre de son mentor.
– Je dois dire que j’ai trouvé cette petite… comment avez-vous dit ? Dinde ?… fort appétissante au demeurant ! répondit le duc Antoine de Bérouville en lissant sa moustache blonde, un petit sourire aux lèvres, son regard bleu s’étant fait rêveur.
Le trait plut à Diane qui partit d’un grand rire de gorge. (…)
– Eh bien, Bérouville, si cette poulette vous plaît tant, que ne jouez-vous les renards pour l’arracher des griffes de ce corbeau de Lussac !
– Vous me donnez là une idée, chère Diane, et je vais y songer. N’allez-vous vraiment pas assister au passage de la comète depuis l’observatoire ?
– De savoir que Coligny va jouir du spectacle au côté de la reine et qu’ils seront en pleine communion gâche d’avance tout mon plaisir ! grinça-t-elle de nouveau. »
Mascarade – Chapitre VII – Apparitions
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Bonne lecture ! 🙂
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Catégories : Extrait de livre