« Isabelle avait des fourmis dans les jambes. Elle avait hâte de parcourir la campagne. Prisonnière de son corps piqué(1) qui la meurtrissait, de robes empesées de perles et de vertugade(2), les quatre jours passés à la cour, s’ils avaient été riches en divertissements, rencontres et émotions, avaient été pour elle quatre jours de pur calvaire. Les courtisans qu’elle y avait côtoyés n’auraient pas reconnu la jeune fille en cotte légère et corselet dévalant le grand escalier, une chemise vaporeuse dégageant ses avant-bras, ses pieds pris dans de fines chaussures de cuir. Sa course s’arrêta brusquement au bas des marches, quelque chose l’interpellant. Son regard s’accrocha aux tapisseries ornant les murs du vaste vestibule comme si elle les découvrait pour la première fois. Des vignerons s’y activaient à la tâche, leurs hottes sur le dos, des dames en atours s’y promenaient aux bras de beaux seigneurs. Ses yeux coururent le long des coffres cirés de frais pour s’arrêter enfin sur la table, où quelques pétales de roses étaient tombés. On eût dit que ce décor prenait une importance qu’elle ne lui avait pas accordée jusque-là et qu’elle dût en graver le moindre détail dans sa mémoire. Chassant d’un petit haussement d’épaule l’aile funeste qui jetait une ombre sur sa journée, elle se précipita sur le perron inondé de soleil. »
Masacarade – Chapitre VI – Supplices
(1) Corps piqué : camisole piquée et, plus tard, baleinée. C’est l’ancêtre du corset.
(2) Vertugade (ou vertugalle) : ce mot apparait vers 1544 et vient de l’espagnol « verdugado », dérivé de « verdugo », une baguette de bois vert. C’est une armature souple, faite d’osier ou de bois flexible, parfois intégrée à un jupon.
« Mascarade » est disponible dans les librairies France Loisirs et sur le site de France Loisirs en version papier et numérique.
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Bonne lecture ! 🙂
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Catégories : Extrait de livre