« Après avoir soupé en compagnie de Blanche et des suivantes, Isabelle rejoignait avec elles dans un brouhaha de rires et de plaisanteries la galerie où devait avoir lieu le bal. Le joyeux groupe déboucha dans la pièce aux murs tapissés ornés de portraits et aux fenêtres largement ouvertes sur les jardins. Un plafond à caissons coloré où courait une frise de fleurs ponctuée de lys de France surplombait le dallage bleu et blanc, piqué de jaune et de noir, où s’égaillaient les invités. À l’arrivée des jeunes filles, l’assemblée s’immobilisa. La première image qu’en reçut Isabelle fut celle de jeunes gens arborant d’un côté de la pièce de somptueux habits en soie brodée et de l’autre de simples habits noirs, sans nulle parure pour venir les égayer, tous pétrifiés dans leur dernier mouvement comme si quelque fée leur avait jeté un sort. Son regard croisa celui d’un de ces tristes sires qui la fixait, l’air ensorcelé. Puis, murmures, voix et rires retentirent, les invités reprenant vie pour venir à la rencontre des nouvelles venues, sauf ceux vêtus de noir, demeurés à l’écart, comme si les suivantes véhiculaient quelque pestilence. (…)
– Nous autres, protestants…, commença-t-il en hésitant, mais, il ne doit pas être question de religion ce soir, n’est-ce pas ? souligna-t-il, toute gêne envolée, en se positionnant pour la pavane qui allait débuter, un sourire éclairant son visage.
Isabelle le lui renvoya et les couples prirent place, hautbois, sacqueboute , luth et tambourin entamant leur lente mélopée. L’on se salua puis les danseurs commencèrent à se déplacer avec majesté, les cavaliers tenant les dames par la main. Du coin de l’œil, elle vit que la reine était du nombre et évoluait avec beaucoup de grâce. Blanche devait lui apprendre que celle-ci prisait particulièrement cette danse.
Isabelle s’appliquait à suivre les accords langoureux de la musique lorsqu’elle elle remarqua le comte Hector de Lherme. En pourpoint de soie bleu ciel et haut-de-chausses bouffant assorti, les manches à crevés laissant voir une chemise immaculée, le collier de barbe impeccable sous son œil bleu, il semblait s’amuser de sa surprise. Troublée, elle manqua un pas, ce qui ne fit qu’augmenter son sourire. Sachant la reine toute proche et les enjeux de taille, elle se reprit et détourna le regard. Celui du comte se durcit. Une gaillarde endiablée succéda à la lente pavane et, sur un croisement de partenaire, elle se retrouva face à lui, son sourire se faisant cynique.
– Tu seras un jour à moi, Isabelle, j’en fais le serment ! lui murmura-t-il à l’oreille sur un ton sans appel, son souffle brûlant contre sa joue. »
Mascarade – Chapitre V – Le petit miracle
« Mascarade » est disponible dans les librairies France Loisirs et sur le site de France Loisirs en version papier et numérique.
Abonnement sans engagement de durée.
https://www.franceloisirs.com/romans-historiques/mascarade-fl10246060.html
Bonne lecture ! 🙂
Partagez :
Catégories : Extrait de livre