À l’occasion du confinement je signale à ceux qui seraient intéressés qu’ils ont la possibilité de télécharger et lire gratuitement sur le site de LIRE EN LIGNE

(https://lirenligne.net/auteur-a-decouvrir/informations auteur/Anne%20cécile%20LECUILLER/4790)

 

cinq de mes œuvres actuellement publiées :

 

– deux recueils de nouvelles LA FEMME SAUVAGE : 13 nouvelles – 97 pages Le recueil « La Femme sauvage » rassemble 13 nouvelles autour du thème de la fragilité de l’instant. Instants de femmes, instants de regard, instants de vie.

 

et LE KALEIDOSCOPE : 9 nouvelles de longueurs variées où apparaissent personnages et situations où dominée sens du dérisoire et de l’absurde.

 

 

 

– un recueil de poèmes « Le Rêve de la Momie » qui a précédé le recueil plus complet publié aux éditions du Lys bleu : « LE RÊVE DE LA MOMIE ou la Sœur de l’Ombre, suivi de ÎLES »

 

– deux romans :

 

  • MÈRE AFRIQUE, Cette voix derrière les feuilles : Des parents dans la bulle de leur petit cercle colonial. Quatre enfants dans celle de leurs jeux et rêves, recomposant par l’imagination tout ce qui leur échappe du monde des adultes, d’une vie africaine à l’époque troublée de la décolonisation vécue à travers le prisme déformant du milieu blanc. Un narrateur écrivain à la recherche de ce monde de l’enfance. Sa fantasque compagne Lizzy, rescapée amnésique d’un bombardement et qui tisse son histoire dans la trame du roman d’Hugo. Les voix entrecroisées tissent celle du récit, voix d’Hugo et de Lizzy, d’Hugo et de ses sœurs, de leurs parents, et celles des boys, ordonnances, lingères et cuisinières que les enfants entendent parler de loin dans l’ombre des cuisines. Monde perdu de l’enfance, d’une histoire, mais aussi de l’Histoire coloniale seulement devinée et dont Hugo retrouve aujourd’hui le chemin, comme Lizzy celui de son identité, quand cette toile de fond rejoint le fil du récit et lui donne son sens.

 

 

  • QU’IMPORTE QUE LE MONDE N’EXISTE PAS SI ON LE RACONTE ?

Qu’importe que le monde n’existe pas si on le raconte ? (Fantaisie utopique) Un pays mythique situé chez Ceux des Sables, simples bergers du Désert. Un temps qui n’existe pas encore mais se réalise peu à peu à partir d’une tour/Ville/Monde en construction. Dans celle-ci : – Irving, l’Architecte, arrivé d’un lointain espace-temps, Manhattan-Google – Harane, Scribe et Gardienne-Vigie de la Tour – Son ami et peintre Leo, le seul à venir lui rendre visite à son étage (le plus haut) pour de longues discussions et planter son chevalet. – Enfin des Enfants, porteurs d’avenirs et de secrets, qui circulent sous terre dans une sorte d’infra-monde (égouts ? canalisations ?). En arrière-plan : la silhouette de Sarah-la Vie, mystérieuse et insaisissable. Un conte ? Un rêve ? Allez savoir…

 

 

 

Ci-dessous l’avant-propos du recueil LA FEMME SAUVAGE :

 

 

 

AVANT-PROPOS

 

Là-bas c’est la mer.

Je veux dire que la mer recouvre l’étendue des lieux où je ne suis pas. Mon corps précaire est ainsi dans le monde comme une île.

 La mer ne pose pas de questions, elle est là. C’est une vertu qui n’appartient jamais à ce qu’on vit. Elle est le miracle de l’évidence. Une chose est sûre pour moi : ce miracle existe quelque part, c’est une nécessité qu’il existe pour que j’avance.

Et de la distance je peux dire que j’en ai fait beaucoup. Je viens de loin, plus loin j’irai. En kilomètres, une vie c’est impressionnant.

 Et puis il y a les lieux, tous les lieux où s’est posé ce corps. Lieux, paysages, pays. J’ai traversé des pays et aujourd’hui je suis ici. Ici, maintenant, ce soir. On ne s’étonne jamais assez de ne plus être où l’on a été. Ici, c’est une ville de France, une maison, une fenêtre, un ciel derrière cette fenêtre, un ciel que peut-être j’ai déjà rencontré dans l’infinie variété des formes du monde, avec cette fraîcheur triste, ce blanc cassé de gris, cette indifférence flottante. Ici, c’est ce peuplier qui penche une flamme verte sous la pluie discrète du dimanche. Presque rien.

Et le reste, les autres, tous les lieux d’avant, les lieux perdus ? Le temps passé on s’en accommode, on l’a dans sa mémoire – un peu -, on croit qu’il vous suit plus ou moins. Mais l’espace ? Un jour pourtant on sent la distance dans son corps. C’est même ce qui compte le plus. Ce qu’on a fait entre ce point et un autre n’est pas l’essentiel. Peut-être n’y avait-il pas d’autre but à ce parcours que d’aller, tout simplement ?

 Le miracle, pourtant, est celui-ci : je suis encore dans tous les lieux où je ne suis plus. Pas plus que le temps, l’espace ne se découpe. Et d’une certaine façon, en avançant, on ne bouge pas.

Ici, dans toutes les fibres de mon corps sont les paysages d’ailleurs. Pas une forme, pas une couleur, un mouvement, une sensation qui ne soit moi quelque part. Et c’est la mémoire la plus mystérieuse.

Ici je suis, avec mon corps de femme qui parcourt obstinément sa distance de monde. Dans ce désir qui creuse un lit pour la mort.

De loin je viens, plus loin j’irai. La mer immobile c’est toujours ailleurs. L’innocence de vivre. La terre se creuse, se dresse, s’enfuit, se repose, bondit. Elle est humaine. Et les hommes le savent qui s’accouplent avec elle. Ils l’habillent, la défont, vont en elle, la déforment, construisent des maisons, des villes, des canaux, des montagnes de déchets, ils font tout ce qui leur vient sous la main au rythme de l’amour agité qu’ils ont pour elle.

La mer, c’est autre chose. Sur la plage, on la regarde. Et tout ce qu’on peut penser c’est qu’elle existe. Elle roule d’un bord à l’autre de la fosse qui la contient. C’est tout.

 Or les lieux où j’ai vécu ont un point commun : tous la mer les inachève.

Pour moi qui très tôt n’ai connu du Temps que sa menace de finir, du lieu que sa menace d’être quitté, au bord du pays où je vivais, la mer c’était toujours à la fois mon futur et mon passé. Une vague m’avait posée là. Une autre me reprendrait.

Les maisons où j’habitais étaient sur le rivage. Alors, tous les jours, sous les yeux, j’avais l’étendue du Temps, promesse et mélancolie. C’est ainsi que pour moi la pierre des murs ne tisse pas la continuité des jours mais leur précarité. Là, au bord de l’Océan, dans sa rumeur, un coup de vent, une lame, pouvaient les enlever. Hasard du monde, hasard du temps, j’étais en instance.

Mais il arrive qu’on tresse avec plus de force les liens qui seront rompus. Je n’ai jamais connu que l’amère avidité du présent.

Il me semble aujourd’hui que chacun de ces lieux m’a prêté son identité et que chacun d’eux a nourri la croissance d’une enfant différente. Peut-être chaque départ fut-il ainsi une nouvelle naissance. J’en ai le souvenir déchirant et doux. Chacune de ces enfants fait en moi une femme imaginaire et inachevée, une série de femmes interrompues dont je porte la marque charnelle, intense et inaccessible.

 Nulle parole ne s’élève sans l’ombre de sa chair. C’est à cette source que puise en moi le désir d’écrire.

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Catégories : Extrait de livre

Anne Cécile LÉCUILLER

Professeure agrégée de Lettres - écrivain - poète et peintre (techniques mixtes)