À l’ouverture du roman, des herbes s’écartent sous les yeux du narrateur -romancier. Et ce qu’il aperçoit c’est… son personnage. Un visage d’enfant ou de jeune fille, ou de garçonnet… le narrateur hésite. Alors

QUI EST-ELLE ?

Bien sûr je ne vous le dirai pas, c’est l’objet de la recherche au long du roman…

Mais en voici quelques aspects :

“(le regard) de la jeune fille – adolescente plutôt. Et garçonne – déchirait l’espace, découpait les herbes. Sombre, brûlant comme celui d’une bête tapie. Maintenant que j’y pense, il a eu quelque chose de déplacé, de brutal, ce regard. ”

“Peut-être était-elle là à me regarder elle aussi, comme si j’étais une énigme à déchiffrer, ne s’y attendait pas non plus. Effrayée, l’enfant, effrayée comme une enfant. Et pourtant joyeuse. Comme si d’avoir peur faisait partie de sa nature ou de quelque chose qu’elle chercherait. Je ne sais à quoi j’ai vu cela. Une façon de secouer la tête avant de s’enfuir, secouer ses boucles brunes, on aurait dit un peu roussies par le soleil, en fouillis autour de son visage. ”

“Il y avait eu devant moi ce visage curieux, futé, et en même temps parcouru d’émotions. Des frissons sous la pâleur de la peau, et qui semblaient défiler à toute vitesse comme des paysages différents derrière une vitre. Garçon ? Fille ? C’était ses cheveux sans doute, comme rasés très court, et bouclés. Peut-être. Je ne sais plus, je ne l’ai qu’aperçu(e). Mais j’avais commencé à le rêver ce visage. À rêver de lui, à partir de lui, en lui, à suivre le chemin des herbes. (…) Et comme hanté par cette curieuse silhouette d’oiseau (où a-t-elle laissé ses plumes ? Cet air étrange d’abandon, ailes à terre, déchiquetées, par quelle fusillade de la vie ?)”

Ce sera même l’interrogation de tout le chapitre 7

“Elle s’échappait. M’échappait.

Pourtant je savais d’elle, la jeune fille, la garçonne, bien plus que je ne pensais alors. (…) D’abord il y avait eu ce regard. Voilà une chose que je savais.

Un regard comme si elle attendait qu’on saisisse ce qu’elle offrait, mais sans impatience. Ce regard qu’elle a eu (à supposer que je l’aie réellement vue), qu’attendait-il ? Ce genre de regard qui appelle (appelait-il ?), ce regard où se noyer, ce regard qui se noie, ce regard qui vient toujours d’un autre monde, obscur, puissant. Vertige du regard : lequel saisit l’autre ? Sombrer en lui, se laisser sombrer, ou le pénétrer, le déchirer. Un jeu de l’un à l’autre. (…) Qu’elle était sauvage devait l’être ? –, voilà ce que je savais également, ou devinais en elle, ou voulais reconnaître (…) Animal de fuite. (…) Immobile. Végétale. Voilà ce que je pourrais dire d’elle également. Je ne sais pourquoi ce sont ces mots qui viennent lorsque je revois ce visage. (…) Végétale elle serait au jeu du portrait chinois. Extirpée des herbes. Comme on l’est du sommeil, d’un songe, d’une autre matière que celle de la vie. En bataille avec elles, peut-être, ayant dû les déchirer, se déchirer pour s’extraire d’elles, mais aussi dans une étrange connivence, surgie avec elles – par elles ? Comme elles ? –, les deux d’une même poussée.

Je ne sais si c’est ainsi que je l’ai vue mais c’est ainsi que je la vois. (…) j’imagine à la fois sa fragilité et sa force, cette pudeur qui lui permet d’échapper à tous. Narquoise ? Elle joue, manipule, travestit les places et la sienne, petit faune bondissant qui est dans tous les rôles. J’égratigne, j’effleure, mais chaque mot s’empare d’elle, la fait entrer dans sa constellation. Et s’échappe. M’échappe.”

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Ci-joint en illustration – ACL – Autoportrait en noyée – Collages et acrylique sur carton –  40 x 30 – Mars 2011

 

 

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Catégories : Extrait de livre

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