Le souffle de l’ange : extrait

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PROLOGUE

Oinville sur Montscient

         Septembre 1995 7h45
Justine termine le petit déjeuner préparé par Amélie. Elle adore sa maman, toujours aux petits soins pour elle. Elle est fille unique, mais elle aurait bien aimé pouvoir parler avec un petit frère ou une sœur. Elle ressemble beaucoup à sa mère, avec ses petites taches de rousseur sur le visage et ses yeux marron clair dont le regard ausculte le plus profond de votre âme. On ne peut pas lui mentir, et on ne sait pas non plus. Il y a une interdiction muette avant même que l’on ait prononcé un seul mot. Cette faculté et ce pouvoir lui viennent d’Amélie dont Justine était le portrait psychologique tout craché.
Elle devait achever de préparer ses affaires avant se rendre au collège et de retrouver professeurs et copines. Son papa est parti tôt ce matin, comme tous les jours où il est de service. Il travaille sur Bois-d’Arcy.
Justine remonte dans la chambre qu’elle a décorée avec sa maman, rassemble les livres et cahiers dont elle aura besoin dans sa journée, – français et dessin, ses matières préférées – et redescend dans le vestibule, son cartable sur le dos.
– Maman ! Je m’en vais.
– Il est déjà l’heure, comme le temps file vite. Tu as pris ton déjeuner pour tout à l’heure, ma puce ?
– Oui maman, comme d’hab’.
– Justine, tu sais que je n’aime pas beaucoup que tu parles comme cela, sermonna Amélie en la rejoignant.
– Oui maman excuse-moi, mais tu sais, avec les copines, c’est une habitude que l’on attrape vite.
– Oui, je sais. Et je ne t’en veux pas, ma chérie.
Elle lui déposa un baiser sur le front, repoussa une mèche rebelle, et ouvrit la porte.
– Soit bien prudente surtout.
– Comme d’hab… bitude, se reprit-elle en se dirigeant vers son amie qui l’attendait à la porte.
– Salut Laura.
– Salut Justine, tu as révisé les leçons de français ?
– Oui bien sûr, et maman m’a donné un coup de main.
– Tu as de la chance toi, ta mère écrit pour les journaux, elle doit être calée en français.
– C’est vrai, mais ne crois pas qu’elle fasse les devoirs à ma place. Elle me dirige et me conseille, et je dois me débrouiller seule, mais j’aime ça. Je dois tenir d’elle pour la matière.
– Quand même, elle est chouette ta mère. Mais je trouve ton père un peu sévère.
– Dans son travail c’est normal.
– Et il n’a pas peur de travailler aux cotés des « gangsters ».
Justine éclata de rire.
– Non, et puis il le dit souvent, ils ne sont pas tous mauvais.
– Ça fait rien, je n’aimerais pas travailler dans une prison. Tu as vu le nouveau professeur de gymnastique, il est mignon tu ne trouves pas ?
– Oh ! Laura, tu exagères, tu as une conception bizarre de mignon. Il est trop musclé pour moi, ce n’est pas beau !
Chemin faisant, elles arrivèrent au carrefour principal qu’ils devaient traverser. Ils attendirent sagement le feu vert du passage piétons. Bien au milieu du passage clouté, les filles continuèrent à discuter et arrivèrent sur le trottoir du lycée. La rentrée des classes s’était effectuée normalement, il y a huit jours, et déjà les cours allaient bon train. C’était une classe où la compétition était rude, mais Justine était sereine, comme toujours.
– J’espère qu’ils ne vont pas m’interroger aujourd’hui, je n’ai pas tout révisé.
Laura avait aidé sa maman, enceinte d’un petit frère, pour les taches ménagères.
– Elle accouche quand ta mère ? interrogea Justine.
– C’est pour bientôt, une ou deux semaines je crois.
– Si tu as des difficultés pour travailler, je peux demander à maman de te faire venir à la maison.
– Chouette, ce serait formidable, on sera les meilleures de la classe.
– Je te signale qu’on est déjà les meilleures ! Mais il va falloir s’accrocher, les autres ne vont pas se laisser faire.
Elle arrivèrent devant la grille du lycée, passèrent par le portillon, et se dirigèrent vers le fond de la cour rejoindre leurs camarades de classe. Dans une dizaine de minutes, elles rentreraient dans leur salle.

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     – …Parfait, nous reprendrons notre cours en deuxième partie de la matinée, veuillez sortir calmement s’il-vous-plaît ! Patricia veuillez ramasser les feuilles avant votre départ et les déposer sur mon bureau merci, demanda le professeur de français en essuyant le tableau vert.
Les écoliers se levèrent dans le brouhaha habituel malgré les recommandations et se dirigèrent vers la cour de récréation.
Les inséparables amies se retrouvèrent ensemble sur l’un des petits bancs de bois. À proximité, un massif d’impatiens apportait une note multicolore et gaie sur le fond gris et sombre du mur des maisons voisines.
La cour vrombissait des jeux et des cris de libération des élèves contenus depuis le début des cours. Elles devisaient sur les dernières chansons à la mode, exposant chacune leur point de vue et leur conception d’une bonne chanson ou d’un bon rythme musical.
Le temps était au beau fixe, et le soleil du mois de septembre laissait entrevoir une belle arrière-saison.
La cloche résonna et soumises à l’appel, elles se levèrent ensemble et se dirigèrent vers le professeur qui attendait le regroupement de sa classe.
Le silence se fit peu à peu et le raclement des semelles sur le goudron succéda aux cris des jeux, puis la cour reprit sa quiétude, un instant interrompue. Les groupes rentrèrent en classe.

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     – Allons s’il vous plaît, un peu de calme pour la sortie, ne vous bousculez pas, nous ne vous garderons pas ici ce midi, soyez-en assurés.
Calmement, les deux amies, Laura et Justine ramassant leurs affaires se donnaient un avis mutuel sur les cours du matin. Laura avait échappé à l’interrogation de français, à son regret, connaissant les réponses aux questions posées. Quant à Justine, elle excellait dans la matière et rien ne lui faisait peur. Elles franchirent la porte de la classe, empruntèrent le couloir vers la sortie, et se retrouvèrent à l’air libre, à quelques mètres de la grille d’entrée grande ouverte.
– On se retrouve à la cantine ? demanda Laura.
– Si tu veux, tu as quelque chose à faire ?
– Oui, au magasin du coin, mais j’en ai pour cinq minutes.
– D’accord, je vais à la cantine.
Laura se dirigea vers le magasin situé sur la gauche du lycée, pendant que Justine attendait que le passage des voitures soit arrêté pour traverser et rejoindre la nouvelle cantine située de l’autre coté de la rue.
Devant la demande grandissante des demi-pensionnaires, la municipalité avait fait construire une cantine moderne et plus grande sur un terrain municipal situé en face de l’école. Les travaux d’installation des feux rouges permettant le passage des élèves devaient être terminés pour la rentrée, mais des complications administratives en avaient reculé l’échéance. Toujours est-il que le feu n’était pas là. La prudence était requise.
Le véhicule s’arrêta devant les enfants afin de leur permettre le passage. Un groupe descendit du trottoir dont Justine, première en tête.
Derrière la camionnette rouge en attente, le chauffeur de la Simca, sur sa lancée, ne comprit pas pourquoi ce fourgon s’était arrêté, et d’un geste rageur, donna un coup de volant à gauche en appuyant sur l’accélérateur afin de doubler plus rapidement la camionnette.
Quand il vit déboucher la jeune fille, il était trop tard. Il n’eut même pas le temps de freiner. Le corps de Justine, dans un choc sourd, vint heurter le pare-brise et se projeta à plusieurs mètres du véhicule dans les cris des enfants qui s’affolaient comme une volée de moineaux effarouchés. Il prit peur et devant le poing levé du chauffeur de la camionnette qui descendait vivement de son véhicule, il accéléra de plus belle et disparut au prochain virage devant les visages ahuris des passants.
Sur la chaussée, désarticulée et sans vie, était allongée une petite silhouette promise, quelques secondes plutôt, à un bel avenir.

— O —

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