C’est avec un certain plaisir que je vous offre un extrait du roman « le Cri de l’innocence ».
C’est un roman historique mêlant héroïsme, humanisme et amour sur fond de la révolte des Esclaves en 1802 en Guadeloupe. Découvrez l’esclavage comme vous ne l’avez pas encore lu. La Mulâtresse Solitude est l’héroïne de notre histoire. Découvrez sa vie émouvante.

Ayomidé, diminutif Ayo, la mère de Solitude va désormais accoucher de notre Héroïne. Elle a eu bien des péripéties pendant sa grossesse. J’ai choisi cet extrait comme un symbole, car Ayo s’est faite violée pendant la traversée, elle est assisté de Josiane l’une des figures de l’habitation Clermontois.
n’hésitez pas a partager en attendant la sortie.

Extrait 3 :
Une autre femme est arrivée avec des linges immaculés et de l’eau chaude, c’était une mulâtresse inconnue, confirmant seulement que Clermontois, avait donné ses consignes. Les noirs ne devaient pas se mélanger à nous, pensant que la maladie les rongeait, chaque mulâtre officiant dans sa maison étaient d’une hygiène exemplaire. Percevant un bruit de carriole à l’extérieur, sortant apercevoir ce qu’il en retournait ; c’était un homme blanc, couvert d’un ignoble chapeau, semblant aussi sale qu’incompétent, au vu de son sac en cuir, un médecin. Les prix étaient élevés en Guadeloupe, aucun colon n’aurait payé les soins d’une esclave, le voir ici m’étonnait. Le Maudit l’accompagnait à la case, lui prodiguant ses conseils :

— Mon maître tient à son mulâtre, il sollicite votre soutien, garantissant la naissance !
— Sacrebleu, je suis vétérinaire, habituellement, tu me fais mander pour les chevaux Octave !
— Un nègre c’est pareil pour vous non ?
— Pas tout à fait, je pensais qu’elle chiait toute seule leur progéniture, beaucoup en crèvent sur les habitations voisines !
Loin de relever l’abominable remarque, le Maudit persistait :
— Quand le maître l’a acheté, elle était déjà grosse, faite en sorte qu’elle mette bas sans le perdre, si elle meurt, cela importe peu !

Me trompant à moitié, un médecin des animaux, après tout, cela correspondait à l’idée que les maîtres se faisaient de nous. Ma mère pouvait donc mourir en paix, ils ne s’en souciaient guère ; s’engouffrant dans la case ou elle hurlait de plus belle, l’odeur l’a agressé directement, le faisant tressaillir. Malgré tout, il s’est penché sur elle, tentant aussitôt de le frapper avec ses jambes, le Maudit se tenait la tête, agacé par la situation, jetant un regard mauvais à Josiane. Comprenant le message, épongeant son front sans discontinuer, montrant preuve de douceur, afin d’apaiser les ardeurs d’Ayo, ne se retenant pas de jurer en yoruba :

— Tu viens chercher ton enfant ? C’est le mien, je l’ai porté, il est à moi !

Prenant ma mère pour une jument, le vétérinaire haussait le ton vers le Maudit :
— Calme la bête Octave, tu aurais dû me prévenir que c’était une négrite farouche, j’ai besoin de toucher son col, c’est trop sale ici, il faudrait la déposer à l’étable.
Le Maudit a sorti un poignard, le plaçant sous la gorge de Josiane :
— Tu ne comprends pas ma langue, mais ça oui ? Laisse-toi faire, ou je l’égorge comme une truie.
J’en avais mal dans tout mon être, venant au monde dans une souffrance indicible, elle s’est tranquillisée afin que le vétérinaire l’ausculte :
— Trop tard, elle va mettre bas ici, c’est trop ouvert, il faut la faire pousser maintenant !
Le Maudit, gardant son air menaçant, brandissant sa lame vers elle, tout en hurlant :
— Pousse, rejette-le, satanée chienne noire !

Aucune retenue dans ses paroles, j’aurais voulu le tuer à cet instant, Josiane reprenait le dessus, caressant le visage en sueur de ma mère, parlant avec douceur, soufflant, faisant des gestes avec les mains vers l’avant ; mais le Maudit ne donnait aucun répit, continuant ses menaces :

— Si elle ne le délivre pas, tu laisseras tes dents sur le sol Josiane !
Ayo reprenait en Yoruba, toujours aussi inspirée :
— J’ai un démon dans le ventre déchirant mes entrailles, enlevez-le, par pitié !
Clermontois est de nouveau apparu au seuil de la case, se bouchant encore le nez, dégouté :
— Ça sent le mouton crevé, véritable putréfaction, est-ce que le petit va bien ?
Ce fichu vétérinaire paraissait dépassé par les événements, se contentant d’observer l’entrecuisse :
— J’ai la tête, elle ne pousse pas malheureusement, il va y passer, Octave a menacé l’autre avec un couteau afin de l’effrayer, ça n’a plus l’air de faire effet !

Une femme, donnant naissance, méritait un minimum de commisération, combien même elle était noire, ma mère n’avait rien demandé, violée honteusement, engrossée dans une cale, souffrant le martyre. Dans la mesure où c’est un mulâtre qu’ils attendaient, les pensant plus raisonnables, enclin à une certaine mansuétude, on restait des meubles et le tiroir devait s’ouvrir en silence, délivrant la commode que j’étais. Clermontois n’ayant de cesse de couvrir son nez, montrait son impatience, saisissant son mousquet de ceinture, sous le regard effaré du vétérinaire. Visant le plafond, faisant feu dans un vacarme assourdissant, laissant quelques débris au sol. Josiane tressaillait, Ayo était blême, donnant l’impression d’être dans un cauchemar, ma naissance virait au calvaire, un mince filet de lumière poussiéreuse perçait la case, du trou hasardeux ; elle a froncé les sourcils, forçant de plus belle, totalement délirante :

— Tu veux ton offrande démon de malheur, prends là, elle est à toi !
Le vétérinaire refoulait sa joie, criant à son tour :
— Voilà le rejeton, il sort, j’ai la tête !
Poussant de toute sa force, m’expulsant enfin, toute fripée, pleine de cheveux et blanche, tellement fade que j’ai eu peur, le vétérinaire rassurait l’autre :
— C’est une mulâtresse bien portante, une belle-petite-fille !
Clermontois affichait une moue d’écœurement, répondant :
— Comment ça une fille ?
Paraissant médusé, faisant signe à son valet :
— Le regrattier s’est joué de moi, j’espérais un mâle renforçant la garde, elle s’occupera de la maison. Laisse l’enfant ici, elle va le sevrer, assure-toi d’une nourriture correct.
— A qui, la négrite ?
Clermontois était remonté, ne masquant pas son agacement :
— Et bien quoi ? Tu ne comprends pas quand je parle ?
— À vos ordres maître !

Mon arrivée dans ce monde s’est faite par l’entremise d’un vétérinaire et du pire des mulâtres, Ayo fermait les yeux, harassée de fatigue, Josiane ne cessait de me regarder. Le Maudit, attendant que je sois langée, faisait recouvrir ma mère, Clermontois était déjà reparti. Je pleurais d’une voix acérée, signe d’une bonne santé à priori, j’avais envie de croire que le contact avec elle m’aurait apaisée, mais ce sont des mains détestables qui m’ont spoliés, Ayo s’est redressé, tendant les bras, vers sa fille, qu’une étreinte me rassure enfin. J’attendais que le Maudit s’en aille, contre toute attente, il m’a déposé sur le ventre de celle m’ayant mise au monde dans la souffrance. Josiane n’en revenait pas, son geste inattendu avait de quoi surprendre, se contentant de sourire, rejoignant son maître. Clermontois avait donné des ordres limpides, ma mère s’émerveillait, découvrant ses dents. Cette scène, je devais la graver dans mon esprit, blottie contre l’Afrique, pleinement heureuse. La naissance d’un mulâtre était constamment un événement sur l’habitation, par tradition sans doute, on l’attribuait souvent au maître des lieux. Les colons ne pouvaient nous traiter aussi durement que les autres, parfois, certains étaient plus laiteux que les blancs eux-mêmes. La négritude pouvait même disparaître, quand une mulâtresse enfantait par l’entremise d’une relation avec un blafard. Notre valeur dépassait la considération domestique, beaucoup devenaient soldats, d’autres partaient en France afin de mieux servir. Il me fallait davantage fixer l’image touchante, n’ayant de cesse de me couvrir d’amour, j’ouvrais à peine les yeux, laissant voir cette couleur particulière, héritage de l’ignoble marin. Toute ma vie, j’assumerais fièrement ce regard perçant, unique en son genre, après avoir assisté au calvaire négrier, j’en avais honte à présent.

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Catégories : Extrait de livre