Elle m’avait recommandé la veille au soir de ne surtout pas oublier mes papiers pour le lendemain. Trop sûr de moi, j’avais répliqué qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. J’avais renchéri avec une maxime à la con « quand il n’y a plus de papier, c’est qu’il n’y a plus de besoin ! ». Car ce jour était un grand jour. C’était le plus beau jour de ma vie ! Après avoir été au bout du rouleau pendant des années, j’allais enfin dire « oui » à la femme de ma vie. Rien ne pouvait se mettre en travers de mon chemin.

Ce matin, de bonne heure, l’air guilleret, j’avais revêtu mon plus beau costume clair. J’avais endossé ma plus belle chemise blanche. J’avais enfilé mon plus beau caleçon, neuf, acheté spécialement pour l’occasion pour maintenir au chaud bébé kangourou jusqu’à sa nuit de noce. Je m’étais rasé de près et, pour une fois, je ne m’étais pas entaillé la peau. J’avais tout préparé avec minutie, laissé mes histoires de cul aux chiottes pour me marier.

Malheureusement, dans ma précipitation, j’avais oublié l’essentiel.

Je m’étais mis en route. L’euphorie me portait avec allégresse. Pourtant, sur le chemin, je me sentais légèrement nerveux. Je doutais encore de moi. Et si l’opération se passait mal ? Non, ce n’était pas possible. Et si elle disait non ? Non, elle dirait « oui » d’une voix sensuelle… dans un bruit de chasse d’eau. Oups, je m’égarais entre deux gargouillis. L’impatience se manifestait avec bruit. J’avais vérifié maintes fois que ma braguette fût bien remontée car il ne fallait pas qu’une faute de mauvais goût vînt perturber le contrat de mariage que nous allions signer sur ce papier molletonné et l’alliance que nous allions sceller pour le restant de nos jours. La braguette était bien en place, dissimulant le caleçon aux couleurs chatoyantes. La baguette, attendant ses deux miches, aussi.

Comme à son habitude, mon cousin essaya de me décontracter.

— Allez soit relax, mister Bean.

— Arrête, tu m’fais chier !

La future mariée, voilée, était déjà présente. L’envie, en moi, se faisait de plus en plus pressante. De loin, je la vis entrer dans la salle d’honneur de l’hôtel de ville au bras de son père et escortée d’une colonie familiale. De mon côté, mes boyaux me tordaient de douleur, sans que je ne pusse contenir plus longtemps les assauts de mon côlon. Je sentis le pet odorant qui précédait le cul. Je me rappelais un vieux proverbe africain qui disait « qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ». Mais Coco ne s’était pas parfumé de Channel et n’avait aucune confiance en son fondement.

Aussi, je me précipitais dans les toilettes et, au comble de l’horreur, j’entrais par mégarde dans celle des dames. Assis sur le trône féminin, je commençais par perdre les eaux, puis j’évacuais le surplus de fibres qui nouait mon ventre. Quelle délivrance ! Je me tournais enfin vers le rouleau de printemps (car beaucoup de mariage s’effectuaient au printemps) accroché au mur. Merde ! Le papier semblait au bout du rouleau ! Je me rapprochai pour mieux m’assurer de mon premier constat. Je crus d’abord que les feuilles molletonnées en triples épaisseur étaient si fines qu’on ne les vît pas. Ou qu’elles furent invisibles afin de maintenir les mains aux fesses tant décriés. Je tentai de sortir pour aller chiper le précieux butin dans les toilettes avoisinantes. Des bruits de talons m’en dissuadèrent et je reposais en catastrophe mon postérieur au-dessus de mon étron. Que de palabres ! Interminables…

Je n’avais que deux alternatives : me rhabiller sans m’essuyer et laisser la moiteur dessiner une auréole que les témoins auraient pris pour une alliance naturelle ; ou sacrifier ma culotte, laissant présager une nuit de noce fidèle au proverbe « homme sans culotte, homme très hot ! »

Même si le loquet indiquait clairement que la place était prise, toutes les passagères tentaient de forcer ma porte. « Vous ne voyez pas que c’est O Q P », m’écriais-je en moi-même et j’ajoutais en mon for intérieur « même s’il n’y plus de PQ ». Ah ! crotte, j’avais mis les lettres de l’alphabet dans le désordre. Pas étonnant que j’avais eu l’estomac tout retourné. Le P précédait toujours le Q. Et il devait être vénéré : Ô PQ !

Quand les invitées se retiraient, après leur grande commission, un autre groupe de demoiselles d’honneur s’engouffrait dans le local, à la manière d’une chasse d’eau que l’on tirait, pour faire un brin de toilette.

Tard dans la soirée, en tête-à-tête avec mon vers solitaire, dans mon petit coin, je sentais que j’étais vraiment dans la merde. Je songeais aux paroles de mon cousin hier soir lors de la soirée d’enterrement de vie de garçon : « je serais à ta place, je ferais un contrat de mariage sur du papier cul comme ça tu pourras toujours t’asseoir dessus ». A côté de moi, sur ce mur si blanc ne restait qu’un lambeau de mon mariage. Je comprenais maintenant pourquoi il ne fallait jamais voir la toilette de la mariée avant le mariage !…

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