Les deux cousines 💃

“Des voix s’élevaient toutes proches prenant nettement le ton de la querelle. Anne releva la tĂȘte et tendit l’oreille. Alexis de ThiĂ©ville les avait abandonnĂ©es, Prudence et elle, aprĂšs le dĂźner pour gagner son bureau oĂč quelque affaire importante les avait fait se retirer, son fils et lui. (…)
Prudence s’était postĂ©e prĂšs de la fenĂȘtre prĂ©fĂ©rant semblait-il la proximitĂ© des jardins Ă  celle de sa nouvelle cousine.
– Vous jetez le trouble dans les esprits, tout comme dans les cƓurs, ma cousine ! lança-t-elle d’un air provocateur en se tournant Ă  demi.
Anne, sur le qui-vive, face Ă  celle dont elle sentait l’animositĂ© sortir par tous les pores, se figea sous le propos. IndĂ©pendamment de la dispute qui opposait son pĂšre et son frĂšre et dont Prudence connaissait la raison, ses sous-entendus, surtout accompagnĂ©s d’un tel regard, ne pouvaient concerner que le capitaine de La Borie. Les perfides adieux auxquels Anne s’était livrĂ©e, par jeu, sous les yeux de sa cousine, avait malencontreusement fait d’elle une rivale, pour ne pas dire une ennemie.
C’était lĂ  le stupide dessein que lui avait commandĂ© la jalousie et elle en aurait souri si les voix qui s’étaient transformĂ©es en cris dans la piĂšce voisine, ne l’en avaient empĂȘchĂ©e.                        – On se bat dĂ©jĂ  Ă  cause de vous, ma chĂšre !  laissa tomber Prudence, le regard lourd de la prescience d’autres combats.  Il est vrai que vous ĂȘtes un enjeu considĂ©rable, Anne, et que l’on va se disputer votre petite personne ! En ce moment, voyez-vous, pĂšre tente de vous mettre dans le lit d’Octave. Mais ne craignez rien, mon frĂšre est dĂ©jĂ  Ă©pris, prĂ©cisa-t-elle, ignorant qu’Anne Ă©tait au fait des intentions de son oncle. Quant au capitaine de La Borie, ne vous mĂ©prenez pas sur ses sourires. C’est un cadet sans fortune qui a transportĂ©, en vous prenant Ă  son bord, plus que l’Indira ne transportera jamais, et s’il vous courtise, car il vous courtisera, il ne verra en vous que la fortune que vous reprĂ©sentez. En refusant d’entrer Ă  l’école militaire, il n’est pas devenu le brillant amiral que son pĂšre voyait dĂ©jĂ  en lui, mais un simple capitaine. Et son pĂšre l’a dĂ©shĂ©ritĂ©, la totalitĂ© de la fortune des La Borie revenant Ă  son frĂšre Antoine. Il ne reste plus au fier Maxime qu’une tour solitaire en limite des terres et sa belle mine pour tout apanage ! railla-t-elle, assortissant ses propos pleins de fiel d’un sourire, trop heureuse de les jeter au visage d’Anne.                                      La querelle dans la piĂšce voisine cessa avec le claquement d’une porte et le martĂšlement de bottes sur les dalles du vestibule, empĂȘchant Anne de s’attarder sur les paroles de Prudence. Ce n’est qu’en entendant le galop du cheval qui emportait Octave loin de ThiĂ©ville qu’elles rĂ©sonnĂšrent Ă  ses oreilles.”

La baie du Diable – Chapitre II – Des blasons à redorer

“La baie du Diable” est disponible dans les librairies France Loisirs et via le site de France Loisirs, en version papier et e-book.
Abonnement sans engagement de durée.

Les librairies France Loisirs étant fermées actuellement, vous trouverez La baie du Diable directement sur leur site :

https://www.franceloisirs.com/romans-historiques/la-baie-du-diable-fl10158808.html

Bonne lecture !

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Catégories : Extrait de livre

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