La baie du Diable 💃

🧜‍♂️ Escapade à Saint-Malo 🧜‍♀️

« Dans une société où la fille marche à l’ombre du père et l’épouse à celle du mari, comment peut circuler librement une jeune fille si ce n’est en se travestissant justement comme son cerbère. Son père et son île lui avaient donné le goût de la liberté que, sous ces cieux hostiles, un pouvoir inconnu jusque-là tentait de lui ôter. (…)
Elle se transforma donc en garçon, une chemise blanche à jabot, des bas blancs, des chaussures à boucles, une veste de velours gris rebrodée assortie au gilet et à la culotte donnant bien le change, le tout complété d’une perruque blanche sur ses cheveux ramenés en une longue natte qui descendait le long de son dos et qu’elle dissimula sous son habit, un tricorne couronnant le tout. Elle accrocha à sa ceinture l’épée héritée de son père, et jugea du résultat dans la psyché qui ornait la chambre plus qu’elle ne lui servait. Elle renvoya un sourire complice au nouveau « Monsieur de Thiéville » … (…)
Elle pénétra dans la ville par la porte St Vincent et après avoir laissé son cheval à l’écurie de l’auberge où elle était descendue, se perdit dans le dédale des rues de la vieille cité, le nez en l’air, guettant les morceaux de ciel gris entre les maisons à encorbellements où les relents de poissons et de maquereaux grillés se mêlaient à l’odeur d’iode. Puis ce furent les quartiers plus aisés avec leurs maisons bourgeoises et leurs hôtels aux imposantes portes cochères et la sage demoiselle qui en avait franchi le seuil quelques jours auparavant, passa le regard frondeur et l’épée au côté devant le superbe hôtel de Victor Le Fer. (…)

Elle commençait à sentir la fatigue et la nuit tombait, quand elle poussa la porte d’une auberge, pour être submergée par une vague de caquetages, de rires gras, de bruits de bouteilles, le tout dans des remugles de poisson grillé, de cidre, de sueur et de crêpes. Confrontée à des trognes rougeaudes, barrées de barbe et souvent peu amènes, elle se sentit soudain moins sûre d’elle et eut l’impression d’être un mignon de la cour d’Henri III égaré dans quelque bouge. (…)
La servante venait de poser devant elle pichet et bol quand la porte de l’auberge s’ouvrit pour livrer passage à son cousin Tristan de Kervadec. (…)
Mais elle le vit avec soulagement traverser la pièce, sans même poser un regard autour de lui, et gagner l’arrière-salle où l’on s’adonnait au jeu. (…)
Il ne s’était pas écoulé cinq minutes depuis l’apparition de son cousin, que la porte de l’auberge s’ouvrit pour livrer passage cette fois, au capitaine de La Borie. Elle en fut si stupéfaite qu’elle faillit lâcher son bol. Elle ne put baisser la tête cette fois et ses yeux le suivirent jusqu’à ce qu’il disparaisse lui aussi vers un lieu plus alléchant, pour ces beaux messieurs de Saint-Malo, que la première salle de l’auberge. »
La baie du Diable – Chapitre IV – Le pavillon du Belvédère

« La baie du Diable » est disponible dans les librairies France Loisirs et sur le site de France Loisirs, en version e-book uniquement, ce depuis début mai 2020. Abonnement sans engagement de durée.

https://www.franceloisirs.com/histoire-et-culture-generale/la-baie-du-diable-ebook-fl10158786.html

Les commentaires des lecteurs de la version papier sont néanmoins consultables via ce lien :

https://www.franceloisirs.com/romans-historiques/la-baie-du-diable-fl10158808.html

Bonne lecture !

 

 

 

 

 

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Catégories : Extrait de livre