La baie du Diable 💃

Anne découvre Saint-Malo en compagnie de sa cousine Prudence.

« Et le carrosse aux armes des Thiéville d’emporter les deux cousines vers Saint-Malo. Bien qu’Anne eût préféré avoir une autre compagnie que celle de Prudence, elle était cependant heureuse de s’y rendre. Elle avait envie de parcourir les remparts et de flâner dans les ruelles qu’elle avait à peine entrevues à son arrivée. Elle songea qu’elle s’y serait sans doute déjà rendue en compagnie de son cousin Octave, si celui-ci n’avait pas si vite battu en retraite loin de la demeure familiale. Elle portait sous sa mante une robe à l’anglaise en satin pêche à petites fleurs, un élégant fichu de gaze couvrant son décolleté, sa cousine ayant opté pour un casaquin bleu foncé sur une jupe bleu clair, un chapeau à large bord orné de plumes en harmonie s’inclinant de manière coquine sur ses boucles brunes, le coin de sa bouche arborant une mouche qui la disait coquette, précision au demeurant, tout à fait superflue, se dit Anne (…)

Le carrosse s’engagea par la porte St Vincent et remonta l’artère pavée le long de laquelle Anne put enfin admirer les maisons à colombages qu’elle avait aperçues depuis le pont du navire et auxquelles les encorbellements ajoutaient une dimension particulière. Il traversa la ville pour se diriger vers l’ouest où les Le Fer possédaient en surplomb des remparts et de la plage du Môle un élégant hôtel construit par le grand-père de l’actuel propriétaire. (…)
Elle leva les yeux pour croiser le regard gris d’Adrien Kermeur qui, nota-t-elle, l’observait avec un peu trop d’insistance. (…)
– Contez-nous votre île, Mademoiselle de Thiéville, que nous rêvions un peu, lui dit contre toute attente ce dernier, une lueur nouvelle dans le regard. Il est agréable de voir dans un paysage la poésie qu’une femme sait y mettre. Avez-vous lu les écrits de Monsieur Rousseau ?
Un peu surprise d’entendre ces mots dans la bouche du fils de l’armateur qu’elle soupçonnait hanté par des préoccupations autrement plus matérielles, Anne sourit néanmoins.
– Voyez-vous, Mademoiselle, une fois qu’il a fermé les livres de comptes, mon fils devient un promeneur solitaire et un incorrigible poète, crut bon de préciser Joseph-Marie Kermeur, un sourire aux lèvres.
Mais Anne n’était pas dupe. Pour astucieuse qu’ait été la ficelle, elle n’en était pas moins grosse. On essayait juste de lui rendre aimable ce monde de l’armement et de lui cacher sous les plis d’habiles digressions, les calculs auxquels se livraient très certainement ces esprits qui n’étaient pas moins aiguisés que celui de son oncle. »

La baie du Diable – Chapitre III – Fortunes de mer

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Bonne lecture !

 

La-baie-du-Diable-Saint-Malo-les-remparts-et-les-hôtels-recadré-et-teinté.jpg

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Catégories : Extrait de livre