CHANTER LES PAROLES DE LA MARSEILLAISE

Publié par ABreadBooks le

Au rang des rituels

Chanter sans réserve ou sans questionnement les paroles de la Marseillaise

Partant du principe établi que la langue française est intelligible et que les mots ont un sens, c’est aller contre le bon sens et l’intelligence que de se complaire à en énoncer certains, très discutables. « Aux armes citoyens ! » : c’est l’exhortation à la guerre. « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » : c’est l’exhortation au racisme et au bain de sang. Des mots clamés parfois en conscience, ou le plus souvent sans conscience. Quand on dit en conscience, c’est dans celle exprimée par cet homme politique, Philippe Seguin, quand il déclare : « Mon souci d’authenticité l’emporte sur toute autre conviction. C’est sur ces paroles que nos ancêtres ont exalté et défendu la liberté. Elles gardent donc à mes oreilles une signification qui vaut par le rappel implicite de leur contexte. En chantant et en disant : ‘Aux armes, citoyens’, je n’appelle évidemment personne à prendre les armes. Je célèbre plutôt un culte à des principes et à leurs défenseurs en prononçant des paroles qui ont une valeur quasi sacramentelle. Le prêtre n’est-il pas dans une situation analogue lorsqu’il prononce certaines formules transmises de siècle en siècle ? ». Effectivement, c’est un mode de pensée intellectuellement recevable. À côté de cela, il est un grand nombre de personnes qui n’ont pas la conscience de la teneur des paroles qu’elles chantent. Elles les chantent. L’académicien Théodore Monod livrait cette réflexion : « La France n’a pas de chant plus officiel et plus sacré qu’un appel aux armes, aggravé d’un refrain sanguinaire et raciste. Personne ne s’en émeut, personne même (circonstance atténuante ?) ne s’en aperçoit. Et pourtant, l’évidence crèverait les yeux d’un enfant, car accepter qu’il existe des sangs ‘impurs’, et qu’il importe d’en ‘abreuver’ la terre, c’est tout de même un peu gros pour ne pas être remarqué, non ? Je sais bien – et c’est la réponse habituelle à notre émotion – qu’on chante sans comprendre et en tous les cas sans réfléchir : belle excuse, en vérité… En fait, le cas serait alors plus grave encore ». Et puis, il est des personnes qui chantent l’hymne, tout en étant gênées : « En fait, je connais mal les paroles (comme beaucoup !). Elles me semblent toutefois trop violentes et guerrières. Je souhaiterais qu’elles reflètent davantage le sens de l’honneur, la fierté dans la grandeur de l’action pour la patrie. C’est ce que je ressens sur le podium » (la cycliste Jeannie Longo). Et il est des personnes qui ne chantent pas : « « Même si je trouvais que c’était le plus bel hymne du monde, et que je le fredonnais de temps en temps, je n’ai jamais pu me résoudre à le chanter avant un match car c’est un chant guerrier et que pour moi, un match de foot, c’est un jeu et pas la guerre. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je n’étais pas fier d’entendre La Marseillaise. Ce n’est pas parce qu’un joueur ne chante pas l’hymne national qu’il n’aime pas son pays », (l’ex-footballeur et ex-président de l’UEFA Michel Platini). À la réflexion, pour votre évaluation, le problème n’est pas tant la Marseillaise en elle-même. Faut-il oui ou non en changer les paroles ? C’est une question épineuse sur laquelle chacun aura son opinion. Le problème est de considérer la façon dont vous vous positionnez par rapport à cet hymne qui pour l’heure existe bel et bien dans cette forme. Si vous le chantez dans la conscience que ses paroles sont l’expression des évènements d’une époque et qu’elles doivent rester immuables : il y a de la réflexion et l’idée est recevable. Si elle ne la chante pas, du fait qu’aujourd’hui plus qu’hier ses paroles sont guerrières et racistes : il y a de la réflexion. Si vous la chantez, en inconscience de la teneur des paroles, par habitude, coutume, etc., il y a une forme d’irréflexion et la note sera en fonction. De l’indulgence toutefois, car pour beaucoup « ces mots ne sont que des sons » qu’on leur a plantés dans la tête. « Certes ; mais est-il de bonne pédagogie de faire comprendre à des jeunes que les mots ne sont que des sons, que des phrases entières peuvent être dites sans que l’intelligence y prenne la moindre part ? » (Albert Jacquard, généticien et essayiste).

@JeFpissard, extrait du livre ‘Le degré de c.’, réécrit sous le titre ‘Pour une ouverture d’esprit’ www.editions-jerkbook.com

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