L’écriture aura constitué mon radeau de survie.

Elle m’aura appris la plongée en apnée dans la douleur, m’aura aussi restitué une large part de moi-même. Elle n’aurait rien été sans l’écoute attentive de ma chère et très estimée psy dont je me souviens encore comme d’hier ce que m’inspira le premier contact. Un peu dérouté. Par son style; c’est une personne atypique. Une praticienne iconoclaste, qui m’aura donné envie de poursuivre mes démons dans les champs avec une petite épuisette et pas mal de patience… Outre les questions de transfert, je lui ai confié tout récemment qu’elle comptait parmi mes transferts préférés, cette thérapeute aura été dotée, elle est douée d’un vrai sens de l’écoute, abolit les barrières de la distantiation sociale – l’empathie n’est pas la moindre de ses qualités – tout en gardant le génie de préserver sa position extérieure – la distance thérapeutique nécessaire à la réussite de la cure. Je lui dois d’avoir enfin trouvé un sens pour mon écrire depuis plus de vingt ans passés à ne savoir quoi écrire qui servît de déclic : je sais aujourd’hui pourquoi je le fais et comment j’entends le faire, hors des préoccupations commerciales et de mode littéraire : mon écrire est libre, à présent, me reflète, à présent je peux laisser mon transfert vagabonder autour de sentiments de reconnaissance, garder l’idée d’une étoile – ma psy – et tenir à la fois la barre de ma goélette.

J’ai foi en mes livres, leur abord reste parfois critique, toutefois, je me refuse d’entrer maintenant que je sais le mal en ses fondations, dans la logique commerciale du dénouement pour le dénouement, du suspense, et du rebondissement ; en névrose, rien n’est jamais dénouement, tout suspense, le guérir est toujours partie remise… Notre société s’ennuie-t-elle à ce point, qu’il faille désormais la distraire et se tenir à un format-type, un écrit qui doive impérativement époustoufler, maintenir éveillés les lecteurs ? Si cela fonctionne, tant mieux, les autres, nous sommes plusieurs centaines de milliers par an, écriront et continueront d’écrire des bogues de châtaigne plein la bouche ; néanmoins, admettons qu’il est des sujets s’y prêtant moins que d’autres, à tenir un lectorat en haleine, évoquer la dépression par exemple, reste de nature à faire fuir tout le monde, et notre entourage fait de faux-amis en tout premier lieu ! Banni des vivants, chassé des maisons d’édition, le déprimé, névrosé qui plus est osant prendre la plume, ne manque pas de se faire botter les fesses, aussi peut-il juger de sa force retrouvée, acquise, en prenant le parti d’en rire un bon coup, l’encre est son oxygène, qu’il écrive importe plus que de rester compter les badauds qui tireront le bouquin de sa torpeur par quelque samedi après-midi pluvieux avant que de le repousser dans son nid de poussière…

Certes la publication ne saurait se jouer des contraintes économiques, ni des frontières des cloisonnements disciplinaires comme le rappelle Noam Chomski dans son ouvrage consacré aux structures de la pensée (introduction, chapitre sur le présent) de sorte que, hors du récit expert, tout ce qui touche à l’analyse est barré d’édition pour peu que l’auteur-patient envisage se risquer dans un autre genre que le témoignage brut ; Pierre Bourdieu, grâce notamment à sa théorie des champs, nous fournissait lui aussi, de son côté, l’armature conceptuelle suffisante, mais Foucault également, quoi que différemment encore, pour comprendre qu’un champ – la publication psy, par exemple -, s’inscrit dans une dynamique sociale traversée d’enjeux de toutes sortes, concurrence des formes de savoir, titres d’entrée, légitimité acquise et reconnue dans la production du discours légitime, etc.

Il est évident que mes essais dits thérapeutiques, ils n’avaient aucune autre fonction que de symboliser l’expérience névrotique, la piger depuis l’intérieur, en faire une sorte de spéléologie dilettante du mal-être, poussée néanmoins au plus loin qu’il me fût possible d’exploiter cet exercice pour une réappropriation du soi malade là où personne ne pourrait mieux faire coller et le discours légitime des praticiens et mon effort de conceptualisation, de sorte que, seul critère à même de valider mes essais, l’efficacité dans la thérapie des hypothèses par moi choisies puis émises, enfin éprouvées dans mon quotidien, se mesurât aux progrès engrangés jour après jour, et ils furent… Contrainte épistémologique à laquelle je me rangeai systématiquement : que mes conclusions collassent à chaque fois  à ce que je pus lire ensuite de théorique, notamment dans les articles de psychanalyse proposés en ligne sur le site du CAIRN.

Le théorie de champ consacrée par la communauté « scientifique », ou psychanalytique, ne fut nullement l’histoire d’un copier/coller mensonger, nulle illusion entretenue de ma part qui pût être le résultat, autant que le symptôme du reste, d’une entreprise basée sur l’auto-persuasion ; par exemple, il ne m’eût été d’aucune utilité de partir de l’objet a, comme ça, ni du désir dont la jonction opérée peu à peu avec l’abstraction du concept, aura prouvé son existence – en revanche, que d’en expérimenter sa présence ombrée à quoi ma propre expérience (lecture/introspection/séances en cabinet) ferait écho ou ne serait pas, me poussait à une forme d’exigence analytique dont je répète, le seul moyen de vérifier que la boussole collât au cap choisi fut de pouvoir répondre à cette question : l’affection névrotique fera-t-elle un jour sens pour moi ? Et ce jour-là, pourrais-je enfin me ranger à l’assertion freudienne selon laquelle dire le symptôme, reviendrait à neutraliser sa charge inconsciente ?

Loin de cette perspective mécaniste il m’aura fallu apprendre quelques rudiments lacaniens pour me convaincre que dire le symptôme, ne garantit en rien le mieux-être, en tout cas pas immédiatement, tant du moins que l’on aura pas nuancé le propos : on ne dit jamais entièrement son symptôme, on le bredouille, on articule à vue, buttons sur toutes sortes de syllabes, avant que de… reconnaître en quoi faire de la folie douce un atout importe cent fois mieux que de la voir disparaître…

Fort de ces quatre essais – trois romans seront écrits pendant cette même période, soit environ neuf mois -, ils n’ont manifestement pas de perspective éditoriales ; aussi, goinfre par nature, je songe sérieusement à les recycler en romans, une matrice de quatre tomes dont je ne sais encore où elle me conduira. Travaillant actuellement sur deux romans, l’un consacré à la codéine et son sevrage, le personnage principal fait la découverte de l’arbre, le cachet-symptôme, qui masquait la forêt, la névrose, l’autre se veut plus léger qui compte bien laisser le personnage central explorer les arcanes de cette vaste nasse à névrose qu’est le réseau social à la grosse lettre bleue et blanche.

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