UN MONDE ÉTRANGE

(Pour illustrer ce passage, j’ai choisi ci-dessus un détail d’un de mes tableaux aux curieuses maisons lui aussi… « Mondo perdido I  » détail – acryliques, pierre noire et feutres sur papier Canson 31×39 –)

Pour vous faire découvrir le monde de ce roman, je dirais qu’il côtoie le mystère. Et parfois le fantastique. En voici un extrait dans lequel le narrateur empruntant un chemin à la suite d’un personnage entr’aperçu entre les herbes, arrive un jour devant un village aux maisons étranges :

« Tant de chemins et un seul à trouver. Et ne parlons pas des bifurcations. À un moment j’ai aperçu quelques maisons basses. On aurait dit des morceaux de bois grossièrement assemblés, ça ne semblait pas tellement important qu’elles forment des maisons, plutôt quelque chose comme des coques blanches, vides à cette heure où le soleil s’installait sur leurs vérandas et avait l’air de demander à l’arrivant ce qu’il venait faire en ce lieu. Ce sont ces maisons qui m’ont étonné. Cet air penché, bizarre, qu’elles avaient. Comme un rêve qui se serait immobilisé là avant de tomber dans le vide. Au-delà il n’y avait que la falaise et le bruit des vagues.

Une falaise, le bruit des vagues, je n’en suis plus si sûr. C’était un peu un lieu fantôme, voilà ce qui m’en reste, des maisons fantômes, des maisons dont personne ne connaîtrait l’existence, que personne ne verrait sauf moi. Les herbes tout autour étaient rases, jaunâtres. Un lieu stérile, hostile, c’est ce que j’ai pensé. J’avais dû me tromper, elle, l’adolescente, n’avait pu venir là. Pourtant quelque chose dans ce lieu m’attirait. Il y avait toutes sortes de papiers que le vent furieux des derniers jours avait collés aux barbelés d’une clôture comme s’il s’était amusé à poser des post-it un peu partout, Poucet négligent et moqueur qui vous inviterait à le suivre.

C’était un lieu qui donnait envie de le bousculer, le forcer à exister. Et aussi de s’enfoncer dans cette douceur d’une poussière de sable qui recouvrait tout, qui avait l’air de vous effacer gentiment de la surface de la terre. Oui je crois, je ne sais pourquoi, qu’il y avait là quelque chose qui me rappelait un temps ancien. On a des souvenirs comme des éclaircies, des plaques de terre entre ciel et mer qu’on garde précieusement. Elles s’effilochent par tous les bouts mais parfois on dirait que du gel a saisi l’une d’elles et la fait étinceler au soleil. »

(vous pouvez d’ores et déjà trouver ce roman, LES HERBES ou la déchirée, récemment paru aux éditions du lys bleu, sur le site de ces éditions en suivant ce lien :https://www.lysbleueditions.com/produit/les-herbes/)

 

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Catégories : Extrait de livre

Anne Cécile LÉCUILLER

Professeure agrégée de Lettres - écrivain - poète et peintre (techniques mixtes)