Présentation (suite)

Avant de revenir plus tard sur l’énigme de ce “visage aigu de jeune fille” à la poursuite duquel le narrateur romancier va se lancer, il faut parler de l’importance du chemin dans le texte.

 

I – UN CHEMIN DANS LE ROMAN – UN CHEMIN VERS LE ROMAN

 

1 – Un chemin réel

Le terme “chemin” va désigner en effet deux chemins différents. Et tout d’abord un chemin réel qui trace la ligne de l’histoire : celui qui mène – peut-être – à la jeune fille et que le narrateur tente de trouver, croit découvrir parfois, puis perd de vue, croise, oublie, retrouve…

C’est cette ligne que je vais suivre aujourd’hui avec quelques extraits…

 

“Une route qui s’ouvre, blanche à l’infini… Inventer les traces, les indices, sur une piste où l’œil cherche ses repères dans chaque grain de sable, un déplacement de feuilles, une brindille égarée, c’est le seul chemin. Bien sûr c’était aussi pour la suivre Elle. Elle, l’intruse dans ce monde clos de mon après-midi. Ou bien moi l’intrus qui pénétrais un monde interdit ? Son monde. (…)

J’ai suivi la jeune fille, c’est là que tout a commencé. La jeune fille ou le regard. Ou le chemin. Je ne sais plus, si on savait ce qu’on suit, poursuit, on n’irait pas très loin.(…) Je ne sais pas si le chemin continue. Je verrai (…) j’étais perdu, il fallait le reconnaître, et je n’avais plus qu’à rebrousser chemin, rentrer chez moi. (…) Garçon ? Fille ? C’était ses cheveux sans doute, comme rasés très court, et bouclés. Peut-être. Je ne sais plus, je ne l’ai qu’aperçu(e). Mais j’avais commencé à le rêver ce visage. À rêver de lui, à partir de lui, en lui, à suivre le chemin des herbes. ” – chap. 1

“Le temps passait, elle ne revenait pas. Avait-elle mué à son tour ? Avait-elle jamais existé ? Avais-je rêvé ? Voilà ce que je me demandais lorsqu’entre deux phrases je levais la tête de mon cahier où je m’épuisais à tenter de reconnaître entre les lignes les signes d’un possible chemin à travers les herbes, me disant d’ailleurs qu’il y avait non pas un mais une infinité de chemins. (…) Il y avait un chemin qui en partait. Plus exactement, juste des herbes qui s’entrouvraient. Le jour suivant, lorsque j’ai voulu le retrouver, ou ce que j’avais pris pour un chemin, il s’était comme refermé et il ne restait plus qu’une sorte de cicatrice au milieu de la verdure d’été.” – chap. 2

“J’ai repris les traces du chemin au-delà de la barrière et me suis mis à parcourir la campagne, suivre les filets d’eau ou les rivières plus plantureuses qui s’étendaient voluptueusement entre les allées de peupliers, je pénétrais dans les champs, parfois m’étendais et m’endormais, ou m’arrêtais dans les hameaux – et leurs cafés – et scrutais tous les visages.” (…)

“Au-delà, le chemin se prolongeait à travers les herbes de façon presque imperceptible, effacé même à certains endroits, par le lent, patient travail de la végétation. Il fallait le deviner à une sorte de frémissement qui courait au sol comme le long d’une échine.

 

Mais il n’existait pas, je l’ai compris peu à peu, il naissait d’Elle Elle ? – semé par sa marche, me dis-je, semblable à ces tapis de dessins animés qui se déroulent devant le personnage à mesure que celui-ci avance. Je ne pouvais que le lire, ce chemin, le déchiffrer plutôt. (Dans ma mémoire ? Celle, vacillante, des traces non nommées, empreintes brutes d’un autre temps ?) – chap. 12

 

Et je vous laisse découvrir la suite de l’histoire du chemin…

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Catégories : Extrait de livre

Anne Cécile LÉCUILLER

Anne Cécile LÉCUILLER

Professeure agrégée de Lettres - écrivain - poète et peintre (techniques mixtes)

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